Histoire

Chère Maria,

J’ai acheté une vieille carte postale aux puces. Et voilà que, ce soir, sur la terasse du Volle Gas où je t’attends depuis une éternité, ce vieux carton jauni devient l’unique confident de mon impatience. Ici, sur la place clair-obscure, où le temps semble s’être arrêté une brise légère apporte le parfum lilas des jardins cachés. Même les passants paraissent déambuler au ralenti, comme dans ces vieux films surréalistes que tu aimes tant.

Mon cœur, lui, s’affole : une fois de plus, dans une ombre près de l’Hôtel Communal, j’ai cru reconnaître ta silhouette… Illusion !

Comme j’aurais voulu vivre en cette époque où, ici, s’arrêtait l’omnibus. Lorsque, devant cette même table où je divague, des musiciens rougeauds de fanfares en goguette déversaient des torrents de musique brassicole. Et moi, nouveau Charles Bériot, j’aurais voulu t’offrir le pavillon Malibran, t’envelopper d’un violon langoureux.

Malheureusement, pauvre Charlot de l’an 2000, mes châteaux sont en Espagne et seul mon cœur est musicien ! Obsession : la robe de la bière spéciale que je viens de m’offrir me remémore l’or de tes cheveux… Je vais m’en aller, poster cette carte fanée… et demain, je serai là pour t’attendre encore, comme je le fis hier déjà. J’espère. J’attends. Viens vite !

Charles.

Un violon fougeux, une voix cristalline… Le violon, c’est Charles de Bériot. La voix, Maria Malibran.
Pour abriter leur amour, Charles, le virtuose, fait construire un coquet pavillon pour sa jolie cantatrice. Villa rectangulaire, parc triangulaire… décor romantique de l’Ixelles campagnard du XIXe siècle. Une corde brisée, un cri strident… Chute de cheval, la belle Malibran est morte. Six mois de mariage… Charles traîne son chagrin dans se qui n’est plus pour lui qu’une grise bâtisse . Treize longues années seul avec les fantômes du souvenir… Fanfare et lampions… En cet été 184, l’hôtel Malibran devient l’Hôtel Communal. Le jardin prend vite des allures de place publique. Puis à l’époque ou M.Beulemans marie sa fille et où « Bruxelles, brusselait ». tout s’anime : omnibus, redingotes, casquettes et canotiers. Sur la place qui porte désormais le nom d’un bourgmestre Ixellois : Fernand Cocq, il fait bon se retrouver entre amis au « Vigneron », déjà célèbre pour ses geuzes, lambic et faros. Un saxophone frémit, des cuivres l’éscortent au cœur de la nuit…. L’ancien estaminet s’encanaille et sous l’impulsion de Pol, figure légendaire bruxelloise, devient le temple du Jazz de la capitale. Au « Biérodrome », le public est « babacool », la bière cool à flots et l’ambiance est syncopée.

Vieille Boiseries, affiches d’antan, le « Volle Gas » reste fidèle à cette histoire où la passion mène la danse. Un décor. Le bar monumental, en chêne massif, c’est 850 pièces, montées sur place par un ébeniste minutieux … en 550 heures ! Le magicien de la lumière, Pierre Majérus, maître-verrier y a aussi laissé une création originale, juste au dessus du podium. Des atmosphères : « Volle Gas » pour les pressés du midi, « Volle jazz » pour les festifs du samedi soir, « volle swance » pour les artistes et comédiens qui s’y retrouvent pour d’ardentes discussions. Le « Volle Gas » c’est surtout une table, toujours accueillante, avec, tout à la fois ses plats traditionnels, fierté de la gastronomie belge et ses créations originales, rythmées par les saisons.

DD